J’ose le dire : un recueil d’histoires captivantes
J’ai trouvé ces cinq histoires passionnantes. Elles ont suscité en moi toutes sortes d’émotions comme la peur, la colère, l’amour, la sympathie, l’émerveillement, la pitié et l’empathie. Ce qui est incroyable c’est la formidable résistance dont elles font preuve dans ce monde stigmatisé.
Bakampa Brian Baryaguma
L’année dernière, en novembre, je suis arrivé 5ème au concours d’écriture 2008 organisé par l’association de littérature de l’Université de Makerere. J’ai reçu, pour ma prestation, un très beau certificat de reconnaissance ainsi qu’un livre intitulé J’OSE LE DIRE, recueil de cinq témoignages de femmes ougandaises atteintes du VIH/SIDA. Édité par le Dr Susan N. Kiguli et Violet Barungi, ce livre, de pauvre manufacture en apparence, s’est avéré remarquable. Je m’y suis plongé avec beaucoup d’intérêt pendant les vacances. Voici un résumé des différents récits que j’ai pu y découvrir.
Écrit par l’auteur primée Glaydah Namukasa, Le second jumeau, est le récit d’une femme à la recherche du grand amour. C’est à TASO (a), une organisation d’aide aux personnes atteintes du SIDA, qu’elle finit par le trouver à l’âge de 28 ans. Depuis sa longue et douloureuse naissance, Nakato est détestée de tous, de sa propre mère à ses camarades de classe, en passant par ses professeurs. Elle se donne aux hommes qui lui montrent de l’intérêt avec beaucoup de facilité, dans l’unique espoir de se faire aimer. Mais même lorsqu’elle tombe enceinte, ses amants la laissent tomber, la chassent, ou renient simplement ses grossesses. N’ayant aucune alternative, elle tente à chaque fois de rentrer chez elle où elle est la risée de sa famille. Pas même Babirye, sa sœur jumelle, ne veut la voir. Le pire n’est pas tant le comportement méprisant et dédaigneux des hommes qu’elle fréquente mais le fait qu’ils lui ont transmis le SIDA. Lorsqu’elle découvre qu’elle est contaminée, Nakato adopte une attitude positive à l’égard de sa nouvelle situation. C’est d’ailleurs incroyable de voir comment elle réagit. Et même si dans un premier temps, elle a peur et se pose beaucoup de questions. Elle finit par rencontrer le grand amour à TASO et nous fait partager son bonheur et son enthousiasme à lutter contre la maladie jusqu'à la fin, lorsqu’elle envisage de faire faire un test de dépistage du SIDA à ses deux enfants, une fille et un garçon.
La clé d’une vie nouvelle écrit par Betty Kituyi, est le récit de Noel Juliet et de son expérience pour lutter contre cette maladie mortelle qu’est le SIDA. Juliet est une belle jeune fille à la fleur de l’âge dont est follement épris Chris, un jeune et beau garçon issu d’une riche famille d’avocats à laquelle elle a désormais le privilège d’appartenir. À 18 ans, elle donne naissance à leur premier enfant. Son deuxième enfant naît peu de temps après alors qu’elle est encore à l’Université. Entre temps, Chris trompe Juliet avec une autre femme : de cette union naît une petite fille séropositive, Maria. Juliet découvrira plus tard, alors que Chris est hospitalisé, qu’elle aussi est atteinte du virus du SIDA. Une fois Chris sorti de l’hôpital, ils décident de se marier, conscients tous deux que la vie de Chris est en danger. Durant la cérémonie, les invités sont d’humeur triste et maussade car chacun sait que ce mariage sera de courte durée. En effet, Chris meurt 3 mois plus tard. Juliet est dévastée lorsqu’elle commence à ressentir les premiers symptômes de la maladie. Elle décide alors de vivre recluse, menant une existence bien plus dangereuse pour sa santé que ne pourrait l’être le virus du SIDA. Elle sera sauvée involontairement lors d’une visite de courtoisie à son frère au centre Mildway (a) . Cette journée lui a donné la clé de sa nouvelle vie. Elle apprend à rester positive et à vivre normalement en prenant régulièrement son traitement, enseignement qu’elle transmet à la fille de son mari, Maria.
La troisième histoire, Danse avec un loup est l’histoire de Sophie Angu Achan écrite par Lillian Tindyebwa. Les noms Angu et Achan signifient « lionne » et « problèmes ». La mère d’Achan s’est suicidée après que son mari ait été assassiné par les soldats d’Amin Dada. Très jeune et orpheline, Achan mène une existence misérable parmi les siens, une grande famille où elle a six belles-mères. Son caractère de « lionne » lui permet de bien gérer sa vie jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance d’un beau jeune homme à l’Université ougandaise de commerce. Ses débuts avec Peter sont un vrai conte de fée, mais à peine gagne-t-il un peu d’argent qu’il devient un monstre – un véritable loup - assoiffé de femmes. Ses nombreuses liaisons sont responsables de la contamination de toute la famille par le virus du SIDA. Sans parler de son penchant pour l’alcool qui ruine tout le monde. C’est à cette période de sa vie que la signification de son nom Achan (qui signifie « problèmes ») se manifeste le plus. Mais chaque fois qu’elle tombe Achan se relève et va de l’avant. L’horreur est à son paroxysme lorsqu’elle surprend Peter en train de sodomiser son fils. Elle prend alors la décision de le quitter et emmène ses enfants. Aujourd’hui, elle enseigne aux autres femmes à vivre de façon positive avec le HIV/SIDA.
Dans À la recherche d’un foyer, Beverley Nambozo raconte la triste histoire de Dorcas Ndagire, violée et contaminée par le fils de sa logeuse. Victime de la guerre ougandaise qui a lieu entre 1981 et 1986, Ndagire poursuit ses études par intermittence et son éducation est rudimentaire. Lors de sa première année d’étude à l’école de Jimmy Sekasi Catering, sa logeuse de connivence avec son fils Vice, organise le viol de Ndagire. Elle lui demande de se rendre chez Vice qui aurait besoin d’elle pour un travail nécessitant son expertise. Elle promet de la payer et Ndagire accepte l’offre avec plaisir. La logeuse la conduit alors chez Vice et la laisse seule avec son fils, promettant de revenir la chercher plus tard. La maison et le mobilier fascinent Ndagire. La nuit tombe sans que rien ne se passe et elle reste dormir chez lui. Mais Ndagire qui ne se doute de rien apprend à ses dépens que Vice, comme son nom l’indique, est un homme particulièrement vicieux. Il la viole pendant la nuit et lui donne le lendemain matin 3000/- pour qu’elle puisse rentrer chez elle. Ndagire se relève de ce traumatisme et finit par tomber amoureuse d’un homme de son église avec lequel elle veut se marier. Lorsqu’une prise de sang révèle sa séropositivité, son mariage est annulé. Elle fait alors face aux discriminations de son église et désabusée part à la recherche d’un nouveau foyer. Elle est déçue par un certain nombre d’hommes mais finit par trouver l’amour à TASO, tout comme Nakato.
Pour finir, Entre les mains de Dieu de Rose Rwakasisi raconte l’histoire choquante de Kyosha dont la famille entière, exceptée sa mère, succombe au HIV/SIDA. La mère de Kyosha était mariée à un homme stupide qui a signé l’arrêt de mort de sa femme et de ses enfants en prenant une deuxième épouse. Cette nouvelle femme qui en a vite eu assez de vivre avec eux a demandé à son mari de les mettre à la porte, ce qu’il a fait. Souffrant beaucoup de cette nouvelle situation, ils ont énormément de mal à s’en sortir et trouver de quoi vivre. Les filles en âge de se marier épousent des hommes aux mœurs légères, attrapent le SIDA et meurent les unes après les autres. Kyosha, quant à elle, tombe enceinte d’un ancien camarade de classe, Rukundo qui dénie toute responsabilité. Elle part alors vivre chez sa tante à Kampala où elle trouve un emploi de femme de ménage. Mais constamment violée par les autres domestiques, elle craque et retourne vivre avec sa mère pour travailler avec elle au village. Alors que toutes ses sœurs décèdent elle se souvient avoir eu des relations sexuelles avec certains de leur mari, et suppose, à juste titre, qu’elle doit, elle aussi, être atteinte du SIDA. Ce que lui confirmera un examen sanguin. Kyosha atterrit entre les mains de Dieu lorsqu’elle reçoit le réconfort et le soutien d’une église Charismatique. Elle est maintenant mariée à Lozio Kenti, lui aussi contaminé par le HIV. Ensemble ils combattent le virus du SIDA au travers les drames qu’ils ont tous les deux vécus. Kyosha n’hésite pas à partager son expérience pour sauver d’autres personnes. Selon elle, depuis qu’elle a rendu publique sa situation plus aucun homme ne lui a jamais montré de l’intérêt ce qui dit-elle sauve des victimes à venir.
J’ai trouvé ces cinq histoires passionnantes. Elles ont suscité en moi toutes sortes d’émotions comme la peur, la colère, l’amour, la sympathie, l’émerveillement, la pitié et l’empathie. Et, malgré la souffrance apparente de ces différentes femmes l’humour y est constamment présent. Ce qui est incroyable c’est la formidable résistance dont elles font preuve dans ce monde stigmatisé. Je pense que grâce à leur témoignages elles ont atteint les buts qu’elles se sont fixés et qui, selon Violet Barungi, sont de sensibiliser davantage les hommes et les femmes sur le HIV/SIDA, encourager les changements comportementaux entre les hommes et les femmes, lutter contre les stigmates et encourager les femmes (et les hommes) contaminées à venir se faire connaître pour pouvoir se faire soigner et commencer à vivre de façon positive, ce qui améliorera leur santé et leur mode de vie. En résumé, ces cinq témoignages sont une véritable source d’inspiration.
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