Réflexions sur la corruption

Le développement économique dépend de manière cruciale d’un contrat social de confiance entre les divers acteurs économiques, y compris le grand public.
—Kayema-Kampagula, RDC


Dans une société libre de toute corruption, les citoyens peuvent s’occuper de leurs intérêts en sachant qu’ils contribuent à l’enrichissement de tous –en exerçant une activité économique, en contribuant à la culture et aux arts, en s’occupant des personnes âgées ou encore en assurant l’éducation des jeunes. En revanche, lorsqu’une telle confiance n’existe pas, chacun devient méfiant. L’avidité et l’égoïsme remplacent les efforts légitimes de chacun en vue d’améliorer sa situation.


« La corruption, la « politique du ventre » pour reprendre une expression d’origine camerounaise est une pratique généralisée et répartie sur toute la surface du globe. Elle fut et demeure de tout lieu et de tout temps. Qu’elle prenne pour nom pot de vin, dessous-de-table, escroquerie, détournement de fonds, ou encore narcotrafic etc.…


Cinq questions sur la corruption

Fiche sur la corruption

Concours international d'essais 2006 :
Les soumissions ne sont plus acceptées, mais bientôt vous pourrez lire les textes gagnants, et découvrir les idées de lutte contre la corruption de jeunes du monde entier. More

 

De manière générale,… la corruption semble prospérer lorsque les institutions étatiques sont faibles, lorsqu’il existe des échappatoires dans les politiques gouvernementales ou les régimes de réglementation, et lorsque les institutions qui servent de garde-fous (le parlement, le pouvoir judiciaire ou la société civile, notamment la presse) sont marginalisées ou elles-mêmes touchées par la corruption.


Même si l’interaction de la sphère du public et de celle du privé est un terreau particulièrement fertile pour la corruption, l’apparition de ce phénomène est aussi fortement liée à l’évolution politique et juridique d’un pays, à ses conditions socio-économiques et à son administration. La corruption ne peut être mise en échec que si les libertés civiles sont fermement garanties (notamment la liberté de la presse et le droit d’association, qui permettent au grand public d’être informé). On peut dire que la corruption est inversement corrélée au degré de libertés civiles dans un pays. En d’autres termes, plus la société civile est développée, plus les gens seront nombreux à pouvoir faire entendre leur voix et influer sur le gouvernement, moins il y aura de place pour la corruption.


Qu’elle soit active ou passive. Qu’elle soit seulement électorale. Petit business négocié au marché du coin, juteuse affaire contractée contre promesse de commission ou fortune colossale détournée via société écran dans un paradis fiscal des Caraïbes, sa nature se veut multiple. Etats présumés corrompus de l’intérieur, hommes forts mêlant habilement enrichissement personnel et gestion publique ou malversation à la petite semaine banalisée, presque érigée en mœurs locales… Mais quelle qu’elle soit, et outre d’être contraire à la morale, la corruption est néfaste pour un pays et certainement pour un pays en développement.

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Vos réactions :


Moussa, du Mali :


Je partage tout à fait le point de vue de Kayema-Kampula. Il est évident que sans confiance entre gouvernants et gouvernés les initiatives de développement sont vouées à l'échec. C'est cette confiance qui permet de libérer l'énergie des acteurs du développement. Mais, tant que ceux-ci se disent que leur sueur ne sert qu'à faire la fortune d'une minorité aux dépens du développement de leur pays, ils n'auront aucune envie de se battre. "A quoi sert-il de se battre alors que ses efforts ne profitent qu'à une petite élite vivant de corruption et de la délinquance financière ?" C'est une question que les gens nous posent souvent dans notre travail de journaliste.


Watchinou, du Bénin :


Je partage complètement ce qu'a dit mon ami congolais. Ma seule critique est surtout la manière dont la lutte contre ce fléau est menée, notamment dans les pays en développement. En effet, telle qu'elle est menée, cette forme de lutte peut être comparée à un traitement médical qui, au lieu d'attaquer le virus ou la bactérie responsable d'une maladie, se contente de traiter les symptômes. Vous savez, puisque les institutions internationales sont disposées à éradiquer le fléau, donc prêtes à pourvoir au financement de la lutte anticorruption, les organes sont mis en place dans les pays notamment en développement, sans pour autant penser un tant soit peu à diagnostiquer profondément le mal. Ce qui devrait permettre de mieux cerner sa racine. Puisque ce diagnostic fait défaut, les organes font plus de la propagande qu'un véritable travail de lutte.

Dans un état qui se veut être démocratique mais dans lequel les pouvoirs ne sont pas véritablement séparés (c'est-à-dire, le judiciaire influencé par l'exécutif, le législatif influencé par l'exécutif et la presse manipulée par la politique) il serait utopique d'enclencher une véritable lutte anticorruption sans au préalable régler le véritable problème de la séparation et de l'indépendance des institutions. La corruption dans les pays en développement a des racines qui, selon moi sont très profondes.

Lorsque l'on prend l'exemple des fonctionnaires de l'Administration publique avec un niveau de salaire très faible, une sécurité sociale quasi inexistante, et qui déjà à partir du 15 du mois commencent déjà à "regarder en l'air" parce qu’ils ne disposent plus du moindre copek… comment résister à ces multiples tentations de la corruption? Je pense que la lutte contre la corruption devra être encore repensée afin de tenir compte des vraies et profondes racines du mal.


Morro, de la RDC :


L'Afrique est un bon continent : ce sont ses dirigeants qui détruisent les pays pour leurs propres intérêts. Concernant notre pays la R.D.C, ce qui est important c’est que la lutte contre la corruption commence le plus haut possible, parce que si cette impunité règne il existe une négligence en haut, ça sera difficile de parler de la lutte contre la corruption. C'est un système très complexe qui permet à certains individus de s'enrichir, avec comme conséquences des problèmes sociaux, économiques, politiques, et culturels affectant la population dans tous ces domaine et décourageant même les bayeurs de fond d’investir.


Jawad, du Maroc :


Bien que je rejoins l'avis de Kayema; je tiens quand même à formuler certaines observations. Il est vrai que la corruption entrave le développement, asphyxie l'économie, avilit l'homme et par la même discrédite les institutions de l'État. Alors si ce fléau est révélateur d'un dysfonctionnement politico-administratif il n'en demeure pas moins que d'abord le citoyen a son tour est en partie responsable de la propagation decette pathologie.

Ensuite et puisque j'ai travaillé sur la corruption dans le cadre de ma thèse de Droit Public dont l'intitule est « Contribution à une étude étiologique de la corruption dans le système administratif » je tiens à insister sur le fait que la lutte contre la corruption doit impérativement commencer par l'élimination des causes qui la génèrent: il ne suffit pas donc de s'attaquer aux symptômes mais de s'interesser davantage aux racines du mal car ni l'administration ni le citoyen ne sont mauvais de nature il y a lieu de souligner a cet effet qu'il y'a des facteurs qui les incitent a contribuer a l'immoralisation de la vie publique.

Dans l'un des articles quej'ai publie dans la revue « Remald » et dont l'intitulé est : « Quelques mesures susceptibles de préserver un contexte dépourvu de corruption au Maroc ». J'ai soutenu l'idee selon laquelle la corruption peut être combatue à travers une stratégie qui s'articule autour de deux points essentiels : le premier consiste en une réforme de l'Administration entre autre l'humanisation de l'administration la responsabilisation des responsables administratifs; la lutte contre la modestie des salaires et la revalorisation aussi bien materielle que morale de l'élément humain. Deuxième élément consiste en une réforme de la justice qui est imperative incontournable pour garantir l'irreversibilité de la réforme administrative. À ce niveau l'indépendance de la justice du pouvoir politique demeure le seul moyen qui va favoriser la crédibilité de la règle de droit. Ainsi à travers ces deux éléments on peut concilier l'approche préventive et l'approche répressive pour tenter d'assainir la vie publique et éradiquer certaines manoeuvres frauduleuses et certaines techniques de tricheries qui compromettent largement l'avenir des peuples.

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