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Global Integrity (a) est une organisation à but non lucratif consacrée à l’étude des tendances en matière de gouvernance et de corruption à travers le monde. Global Integrity emploie des équipes de chercheurs et de journalistes locaux.

Cinq questions sur la corruption

Nathaniel Heller est directeur général de Global Integrity (a), une ONG à but non lucratif basée à Washington et consacrée à l’étude des tendances en matière de gouvernance et de corruption à travers le monde. Une particularité de l’approche que suit cette organisation est qu’elle n’essaie pas de mesurer la corruption en tant que telle, mais plutôt d’évaluer les moyens de lutte anti-corruption en place dans les pays. Il y avait là de quoi éveiller notre curiosité, et c’est pourquoi YouThink! s’est tourné vers Nathaniel Heller afin d’en savoir plus.


YT! : Nathaniel, parlez-nous de Global Integrity et de son action.


NH : Global Integrity a pour mission de combler un vide qui existait selon nous au niveau des informations disponibles aux responsables nationaux pour les aider à traiter des problèmes de gouvernance. Le principe qui sous-tend notre action est qu’il ne s’agit pas de mesurer la corruption ; ce n’est pas ce qu’on essaie de faire ou ce qu’on prétend faire ; on met l’accent sur le fait qu’on ne mesure pas la corruption. Ce qu’on essaie de mesurer en réalité, c’est l’inverse. Il n’y a d’ailleurs pas moyen de mesurer la corruption, parce qu’elle n’est pas totalement visible. Par conséquent, on cherche plutôt à mesurer l’espace vide qui existe autour, c’est-à-dire tous les moyens de lutte anti-corruption qui devraient être en place. Ce qu’on regarde, c’est la société civile et la liberté de la presse, le processus électoral et son intégrité, l’obligation de rendre compte du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, la passation des marchés publics, les privatisations, l’application des lois, la réglementation des entreprises, et l’ensemble des mécanismes qui devraient idéalement être en place dans un pays quelconque.


L’autre grande innovation, dans notre façon d’opérer, c’est que nous avons des experts dans les pays. Il ne s’agit pas de ce genre de groupe d’occidentaux qui sillonnent le monde en avion, qui se posent deux jours et qui repartent. Ce sont des chercheurs et journalistes locaux, en place dans le pays. On a utilisé près de 200 experts locaux cette année.


YT! :Est-ce qu’il s’agit d’une nouvelle façon de traiter la corruption ?


NH : Disons que nous sommes certainement la seule organisation qui quantifie les moyens de lutte anti-corruption. Il y a d’autres activités dans ce domaine qui suivent une approche très qualitative, et cela est aussi extrêmement utile. Mais ce qui nous intéresse, c’est d’établir les données sous une forme qui apporte un éclairage très fondamental. Imaginez ainsi que vous soyez chargé de pays à la Banque mondiale ou à l’USAID, ou dans un autre organisme d’aide internationale, et que vous vous disiez : diable, je n’ai qu’un million de dollars à consacrer à l’Ouganda l’année prochaine en matière de bonne gouvernance ; j’ai peut-être intérêt à affecter cet argent à certains des manques identifiés dans ce domaine, et voir si on obtient des progrès dans 12 ou 18 mois.


YT! :Est-ce que vous croyez que les gens peuvent jouer un rôle dans la lutte contre la corruption ?


NH : Ils peuvent jouer un rôle considérable. Ce qui se dégage de nos données et de nos rapports cette année, c’est que le leadership a une énorme importance. Vous pouvez avoir un pays très pauvre, sortant d’un conflit et disposant de très peu de ressources, qui fait quand même des progrès du fait d’avoir de solides dirigeants qui sont résolus à mener des réformes.


YT! :Vous n’iriez donc pas dire qu’il y a un lien entre corruption et pauvreté ?


NH : Il y a en fait très peu de lien entre les deux, ce qui est d’ailleurs plutôt intéressant. Et ce qu’on doit déduire de cela, c’est qu’il y a là quelque chose en jeu qui n’est pas une question de dollars. C’est vraiment une question de leadership, de culture, de contexte, de volonté politique, et de détermination à mener des réformes. Ce dont il s’agit aussi, c’est que les citoyens exigent vraiment ces réformes et, à un certain moment, hormis dans les régimes les plus oppressifs, c’est aux citoyens qu’il appartient de voter et d’exiger de leur gouvernement qu’il rende davantage compte de son action.

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YT! :Avez-vous d’autres exemples de cas où les moyens de lutte contre la corruption fonctionnent ?


NH : En Bulgarie et en Roumanie, il y a énormément de nouveaux mécanismes et de nouvelles pratiques en raison du processus d’adhésion à l’UE. Bien qu’ils ne soient pas parfaits, et qu’il manque encore à l’évidence un certain degré d’application effective et d’engagement à long terme, cela dénote effectivement qu’une certaine approche de la carotte et du bâton fonctionne. Si vous avez la perspective d’être admis dans le cercle fermé, avec un avantage financier qui se profile au bout du tunnel, les gens se montrent tout d’un coup assez créatifs et prêts à envisager des efforts de réforme. Par conséquent, les réformes ne doivent pas nécessairement être un processus étalé sur 20 ans, et cela n’exige pas des milliards de dollars d’aide extérieure. Il peut s’agir d’un processus interne et animé par les populations locales, si la volonté est là.

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(a) indique une page en anglais.