Approfondir le sujet :
Sites à visiter :
Dan Vexler, expert-conseil en développement, Nairobi
Youthink! : Qu’est-ce qui vous a incité à faire carrière dans le développement international ?
Dan Vexler: Je pense que ce qui m’a principalement attiré dans cette carrière, c’est que lorsque je regardais les nouvelles à la télévision ou quand je lisais les journaux, je voulais faire partie de l’actualité plutôt que d’en être le simple spectateur. Surtout quand je voyais une scène horrible à la télé, je me disais que les politiciens n’en faisaient manifestement pas assez — c’est là que j’avais le plus l’impression que c’était la carrière qui me conviendrait, car je voulais essayer de faire les choses différemment.
Étant quelqu’un qui a beaucoup voyagé et a été exposé à d’autres lieux et cultures, il me semblait naturel de choisir une carrière qui me donnerait l’occasion de voyager et de travailler avec des gens d’horizons culturels différents. Je n’aurais jamais pu m’imaginer travaillant dans ma ville natale toute ma vie…
Youthink! : Comment se prépare-t-on à une carrière dans le développement international ?
Dan Vexler: À mon avis, la meilleure manière de se préparer à une carrière dans les affaires internationales consiste à étudier quelque chose de pratique — par exemple, l’économie du développement, la microfinance, le génie civil, l’eau et l’assainissement, etc. Ce n’est pas que je l’ai fait ; j’ai étudié les relations internationales, un sujet fascinant sur le plan intellectuel mais, en y repensant, pas vraiment utile dans le monde réel.
Ce que j’ai découvert, c’est que la pratique est plus importante que la théorie — on apprend plus de l’expérience que des livres — sauf lorsqu’il s’agit de compétences réellement techniques. Dans les relations internationales, on rencontre beaucoup de très bons généralistes qui ont des diplômes de très bonnes écoles. Pour se différencier, il est utile d’avoir un ensemble de compétences ou une base de connaissances spécifiques. Il est aussi beaucoup plus facile d’élargir ses connaissances lorsqu’on travaille que de commencer comme généraliste et d’acquérir un savoir-faire technique par la suite.
Apprendre une langue est également essentiel. Si vous êtes intéressé par une carrière aux Nations Unies, il est utile de connaître une ou plusieurs langues officielles de l’ONU (qui, la dernière fois que j’ai vérifié, étaient l’anglais, le français, l’espagnol, le russe, le chinois et l’arabe). Vous serez aussi très bien considéré par votre employeur éventuel si vous savez parler la langue locale d’un pays en développement.
L’autre condition majeure pour toute personne en quête d’emploi est l’expérience. Je sais que vous vous demandez probablement comment acquérir une expérience si l’expérience est une condition initiale, et c’est une véritable impasse à laquelle se heurtent pas mal de personnes.
Ce qui se passe souvent, c’est que les étudiants ou les nouveaux diplômés (et quelquefois les diplômés pas si récents) acceptent des offres de stages non rémunérés ou très peu payés afin d’étoffer leur CV. C’est comme ça que moi-même et un grand nombre de mes collègues avons passé pour la première fois le seuil de l’organisation. Il est bien sûr injuste que ce système favorise ceux qui peuvent subsister financièrement plusieurs mois avec un travail non rémunéré, mais c’est malheureusement la réalité. Il y a bien quelques bourses et des stages rémunérés qui existent, mais la procédure pour les obtenir est extrêmement compétitive.
Je suppose qu’on doit considérer son stage comme un investissement à long terme comme on le ferait avec un cours universitaire.
Youthink! : En quoi consistent vos tâches quotidiennes ?
Dan Vexler: En ce moment, je suis en période de transition entre mon précédent emploi, où j’ai rempli les fonctions de Directeur des recherches dans l’International Crisis Group, une ONG basée à Bruxelles, et ma nouvelle vie d'expert-conseil basé à Nairobi. Ma partenaire avait été affectée à Nairobi pour son travail, c’est pourquoi j’ai décidé d’y aller avec elle et je suis actuellement en train d'apprendre ce qu'est la vie d'un expert-conseil, un terme qui a des accents à la fois mystérieux et quelque peu sinistres.
En tant que Directeur des recherches au sein de l’International Crisis Group, le travail était varié et fascinant. Le Crisis Group a pour mission d’aider à prévenir et résoudre les conflits meurtriers dans le monde entier et il essaie de le faire en analysant les causes d’un conflit donné, puis en proposant des recommandations pratiques aux décideurs politiques sur la manière de résoudre la situation.
Mon rôle principal était de gérer le groupe de recherches de l’organisation, qui avait la responsabilité de conseiller les analystes sur le terrain du Crisis Group (les personnes basées dans ou à proximité des pays en conflit) sur les meilleures pratiques internationales en matière de prévention des conflits. Les analystes sur le terrain sont souvent des spécialistes du pays, mais pas nécessairement au courant de toutes les leçons que nous avons tirées d’autres situations de conflits en-dehors de leur domaine d’expertise, aussi notre travail consiste-t-il à les tenir au courant de ce que l’ONU et d’autres agences ont appris dans le monde entier.
Bien que je ne sois expert-conseil que depuis deux mois, j’ai déjà eu la chance de participer à quelques projets intéressants. Le premier était avec le National Democratic Institute, une organisation basée aux États-Unis qui a pour mission de promouvoir la démocratie dans le monde entier. Une de leurs méthodes consiste à faire en sorte que les citoyens s’intéressent à ce que fait leur gouvernement. On m’a envoyé à Khartoum, au Soudan, pour assurer la formation d’un groupe de chercheurs soudanais sur la manière d’effectuer des enquêtes d’opinion publique.
Le National Democratic Institute envoie ensuite ces chercheurs dans tout le pays pour recueillir des informations sur le degré de sensibilisation des citoyens et pour connaître leur opinion sur une série de sujets comme la paix, la sécurité et le développement. Il présente alors le résultat de ses enquêtes au gouvernement soudanais et utilise également les informations recueillies pour planifier ses propres programmes d’assistance et pour aider ceux d’autres donateurs. Le NDI fournit également une grande aide au Soudan en préparation des élections prévues pour 2009 et, la semaine prochaine, je vais me rendre au sud du Soudan pour aider au processus de consultation avec la société civile sur le projet de loi électorale.
Après cela, je rejoindrai des membres de l’organisation Oxfam au nord de l’Ouganda pour étudier les opinions des ressortissants de ce pays sur les négociations de paix actuellement en cours entre le gouvernement et l’Armée rebelle de résistance du Seigneur.
C’est un travail varié et intéressant. Mais l’envers de la médaille est que l’on a tendance à passer rapidement d’un sujet à l’autre et qu’on a moins le temps d’approfondir ses connaissances ou d’établir des relations de travail à long terme avec des collègues. On verra bien comment les choses iront…
