Des jeux et du sport pour enseigner les Objectifs de développement pour le millénaire (ODM) aux enfants

Dina Buchbinder Auron

Dina Buchbinder Auron fait partie des membres de la communauté 2009 YouthActionNet (a) (jeunesse en action). Elle a fondé au Mexique Deport-es para compartir un programme sportif et ludique qui sensibilise les enfants aux grands problèmes mondiaux qui les entourent.

Dina a beau courir vite, elle n’a pas pu échapper aux questions de Youthink! qui à la course aux idées finit toujours dans les premiers.

YT! : D’où vient votre intérêt pour le développement ?

Nous sommes tous préoccupés par quelque chose : l’éducation, la santé, la famine, l’égalité, le réchauffement climatique, la discrimination, etc. Il est normal de s’inquiéter, mais il ne faudrait pas que cela nous empêche d’agir.

D’aussi loin que je m’en souvienne, le développement m’a toujours intéressée. Et j’ai eu la chance de vivre des expériences extraordinaires. Par exemple dès l’âge de 12 ans et ce pendant 3 ans j’ai participé à des ateliers pour jeunes handicapés. J’y ai beaucoup appris, plus que je n’aurais pu l’imaginer. Dès lors, j’ai commencé à réaliser que nous pouvions tous nous engager et qu’aider les autres est enrichissant et épanouissant. C’est à ce moment-là, que j’ai voulu m’impliquer pour contribuer à faire quelque chose de spécial.

Le fait d’être née et d’avoir grandi à Mexico, une ville magnifique et culturellement très riche mais aussi pleine de contrastes, m’a permis de réaliser que j’allais devoir acquérir un maximum de connaissances pour pouvoir trouver des solutions adaptées aux problèmes que sont la pauvreté, l’inégalité et la discrimination. C’est pourquoi j’ai choisi d’entreprendre des études de Relations internationales qui m’ont permis de découvrir des auteurs brillants et qui ont nourri ma motivation, tels que Amartya Sen. Ses idées sur le développement m’ont vraiment interpellée. Chaque jour et grâce à Deport-es para compartir, je mets mon engagement au service du développement avec et pour les enfants.

Je nous imagine comme des acteurs et non comme des spectateurs. Il faut s’intéresser à ce qui se passe autour de soi et s’engager, c’est tout ce qui compte. Il y a tellement de problèmes à prendre en considération et d’initiatives à soutenir qu’il est essentiel de sensibiliser les gens. Je suis tout à fait d’accord avec l’idée que le positif rend positif.

YT! : Comment vous est venue l’idée de créer Deport-es para compartir ?

En janvier 2007, j’ai été sélectionnée pour participer au programme « Un bateau pour les jeunes du monde » (a), organisé par le gouvernement japonais. Au cours de ce merveilleux voyage un ami canadien m’a fait part d’un projet intitulé le « sport-dans-une-boîte » (Sport-in-a-Box). Ça m’a plu immédiatement. Mon ami cherchait justement quelqu’un pour développer ce projet dans un autre pays. J’ai sauté sur l’occasion. Peu de temps après être rentrée au Mexique j’ai demandé à un ami s’il voulait se lancer dans l’aventure avec moi et c’est ce que nous avons fait !

Nous avons passé plusieurs mois à adapter et traduire de l’anglais le matériel existant et à créer de nouveaux contenus adaptés aux réalités mexicaines, très différents de ce qu’on peut trouver au Canada. Nous avons également développé un moyen de mesurer l’impact que ce programme pouvait avoir sur les enfants au Mexique. Et les parents bénéficient d’une session spéciale d’information afin de les aider à comprendre l’enjeu de l’aventure à laquelle leurs enfants participent.

YT! : Comment ça marche ? Comment parvenez-vous à utiliser les jeux et le sport pour enseigner les ODM aux enfants ?

Les ODM sont présentés à des groupes d’enfants de 8 à 14 ans par le biais de jeux thématiques et d’activités physiques. L’objectif étant de faire comprendre aux participants que le sport et l’activité physique doivent être universels et complètement accessibles. Chaque jeu organisé au sein des groupes de jeunes combine les éléments-clés suivants : esprit d’équipe, tolérance, égalité, participation et cordialité.

Pendant et après chaque jeu, nous demandons aux enfants leurs avis et leurs opinions sur le problème abordé, par exemple : pourquoi est-il important de faire de la prévention lorsque l’on veut lutter contre une maladie ? Comment peut-on s’y prendre? Comment aider les autres ? Les autres thèmes abordés sont souvent liés à l’environnement, au gaspillage des ressources en eau et à ses conséquences, à l’importance de la parité homme-femme, etc.

Les enfants doivent mettre en pratique ce qu’ils ont appris en participant par exemple à des campagnes de nettoyage des rivières, en collectant des matières plastiques ou bien encore en plantant des arbres.

À travers ces différents jeux, nous invitons chaque enfant à participer, réfléchir, se responsabiliser, agir et partager. Voici une vidéo illustrant notre travail (disponible en espagnol sous-titrée en anglais).

YT! : Comment amenez-vous les enfants à s’engager ? Comment les amenez-vous à vouloir faire la différence ?

Nous donnons du pouvoir à tous les participants et les nommons Ambassadeurs de Deport-es para compartir. Ils deviennent ainsi les fiers représentants d’un programme qu’ils partagent avec leur famille, leurs voisins et leur école.

Les enfants et adolescents prennent conscience des nombreux rôles qu’ils peuvent jouer, de l’impact qu’ils peuvent avoir et réalisent qu’une action, aussi petite soit-elle, n’est jamais vaine. Ils prennent conscience que les problèmes qui nous entourent sont bien réels et qu’il ne s’agit pas seulement d’un scénario catastrophe. Nous vivons dans une « bulle » dont il faut sortir ; nous pouvons et devons penser au-delà de notre « bulle ».

YT! : Ce programme a-il changé le quotidien ou la façon de penser de personnes impliquées ?

Certains parents nous ont dit que l’attitude de leurs enfants à la maison avait changé, qu’ils participaient davantage, qu’ils étaient plus actifs, plus disposés à aider, et également qu’ils leurs proposaient de mettre en place des poubelles écologiques permettant de trier les déchets et de séparer le recyclable du non-recyclable.
Ramoncito (9 ans), élève en CM1 à l’école primaire publique de Mexico, nous a révélé pendant l’une de nos sessions sur l’environnement que son père gaspillait l’eau en laissant le robinet ouvert chaque fois qu’il se brossait les dents. Le garçon lui a demandé pourquoi il ne fermait pas le robinet et son père lui a répondu « parce que je paie pour ça ». Le garçon lui a répondu par une autre question : « Papa, sais-tu qu’il y a beaucoup d’enfants au Mexique et dans d’autres pays du monde qui n’ont pas d’eau à boire ? »

Nous réalisons des enquêtes pour mesurer l’impact qu’à notre programme sur les communautés. Ces enquêtes contiennent des questions ouvertes qui permettent aux enfants de se faire entendre.

Notre équipe a constaté à maintes reprises comment filles et garçons interagissaient ensemble amicalement, et ce dès la première session ; ils commencent tout d’abord par se présenter et sont très heureux de pouvoir jouer ensemble.

YT! : Y a-t-il autre chose dont vous souhaiteriez nous faire part ?

Oh oui, bien sûr ! Je ne sais pas par où commencer, mais je vais essayer !

Concernant les ODM, ce que je trouve passionnant, c’est qu’ils se réfèrent en priorité aux droits humains. Famine, santé, égalité, environnement, éducation sont tous associés à la nature humaine peu importe notre naissance, notre situation économique, notre religion, couleur, orientation sexuelle ou politique. Ce qui me motive tout particulièrement, c’est que les ODM ne peuvent être atteints que si nous travaillons tous ensemble. C’est un travail d’équipe !

D’ailleurs, c’est grâce aux nombreuses personnes qui ont cru en ce programme que Deport-es para compartir a pu voir le jour. Les acteurs de ce programme vont de ma famille aux enseignants, amis, conseillers, consultants, designers, cinéastes qui ont tous participé aux projets. Sans parler de tous ces jeunes qui se sont investis à plein temps et avec enthousiasme, talent, conviction et avec l’espoir que nous puissions vivre dans un monde plus juste.

Les enfants de ce programme ont un effet positif et contagieux à bien des niveaux. Ils ne sont pas les seuls à tirer les leçons de notre enseignement. Les enfants et les communautés avec lesquelles nous avons travaillé et partagé nos idéaux nous ont beaucoup apporté via Deport-es para compartir. Ils ont fait de nous des personnes meilleures, plus sensibles et plus humbles. Nous avons appris à mieux apprécier la simplicité et la beauté de leur mode de vie, la richesse de leurs langages, leur incroyable hospitalité et générosité (vous accueillant à bras ouverts et partageant le peu qu’ils semblent avoir) et la façon dont ils savourent pleinement de la vie.

Les rencontres amicales et conviviales que nous avons fait et l’enseignement que nous avons tiré de cette expérience nous ont permis de nous rendre compte de la richesse des différentes communautés mexicaines aux cultures, langages, traditions, jeux, légendes, regards et sourires si variés. Nous nous sentons à la fois privilégiés et fiers d’avoir pu travailler et de travailler encore avec des cultures indigènes très diverses comme les Coras, Huicholes, Mixes, Tsotsiles, Tseltales, Zoques, Amuzgos, Tepehuanos, Mazatecos, ou Mixtecos.

Nous avons créé des réseaux. C’est seulement avec le soutien d’une équipe engagée et aux compétences diversifiées, comme celle dont je fais partie, que l’on peut envisager la possibilité de mettre en place un programme d’une telle nature et d’une telle envergure. 12 500 enfants (sans compter les enseignants et les parents), ce n’est peut-être pas grand-chose proportionnellement au nombre de personnes qui devraient etre informées, mais ça reste une aventure qu’il m’est difficile de décrire.

Mon souhait le plus cher serait que Deport-es para compartir puisse être étendu à d’autres communautés du Mexique et au-delà de nos frontières.

 

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