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Dans les coulisses de 1 World Manga :
Entretien avec l’auteur Annette Roman
Youthink!: Qu’est ce qui vous plaît le plus, lorsque vous écrivez pour 1 World Manga?
Annette Roman: Me laisser surprendre par les actes ou les commentaires de mes personnages. Qui savait que Rei a été un bon étudiant ? Ou que son guide spirituel s’appelait « Fluffy » ? (Merci, Paquita, de lui a choisi ce nom.)
Je suis impatiente de découvrir la signification du rêve de Fluffy dans le 5e volume, celui d’un prince dansant avec une princesse. Serait-il un prince de conte de fées frappé par une sorte de malédiction l’obligeant à aider les autres pour expier un crime qu’il aurait commis ?
Collaborer avec l’artiste, Leandro Ng, est également merveilleux. Je lui envoie des instructions détaillées pour l’illustration des planches et, lui, il a une visions différente, une idée pour mettre le récit en valeur. À deux, nous finissons toujours par trouver une meilleure idée. Je suis ravie lorsque Leandro traduit mes récits en images grâce à son utilisation de la perspective, de l’illustration et de la structure du story-board.
De temps en temps, je lui soumets une séquence de tableaux impossible. Il dit me maudire, alors, mais il réussit pourtant à me remettre une bonne planche. Après notre 3e volume ensemble, j’ai compris le type de pages qu’il aime dessiner, et il a compris comment parvenir à ajuster les images pour créer les effets que j’aime.
YT!: Et ce qui vous plaît le moins?
AR: Devoir travailler les week-ends et en soirée parce-que ma semaine de travail ne suffit pas!
Essayer de trouver le temps nécessaire pour exprimer ma créativité malgré la pression des échéances.
La terreur pure qui m’envahit quand je démarre un nouveau script en pensant que je n’aurais peut-être plus d’idée, que je ne sais plus comment écrire, et que peut-être je ne l’ai jamais su. (Le remède consiste à SE METTRE À ECRIRE! Et à se récompenser avec du chocolat...)
YT!: Avez-vous un personnage ou un épisode favori, et pourquoi?
AR: J’aime plusieurs personnages féminins: Ayeesha, Somalee et Rajani. Elles sont si
courageuses et fortes, mais restent tout de même chaleureuses et attentionnées. J’aimerais être comme ça!
J’aime l’histoire du 4e volume (Les enfants soldats). Nous essayons toujours de faire rentrer tant de choses dans si peu d’espace, mais ce thème semble vraiment avoir un début, un déroulement et une fin. Le personnage de Devante est complexe et émouvant, et la fin est poignante. L’effet choisi par Leandro pour représenter la luciole éclairant la route de Rei est des plus réussis, même mieux que je me l’étais imaginé.
YT!: Le développement a-t’il toujours fait partie de vos préoccupations? Dans le cas contraire, comment avez-vous été amenée à vous y intéresser?
AR: J’ai toujours ressenti le besoin de partager avec les autres. En effet, j’aurais pu ne pas exister : mon père est un survivant de l’holocauste et ma mère est une allemande protestante réfugiée aux États-Unis à la fin de la Seconde guerre mondiale.
J’ai toujours été consciente des épreuves par lesquelles sont passés mes parents, et de la manière dont les gouvernements et l’autorité illégitime peuvent blesser une nation et son peuple. Des membres de ma famille sont morts à la guerre. Ma mère s’est mariée avec mon père, une allemande et un juif, et.moi j’ai grandi en voulant aider à réconcilier les gens.
Aujourd’hui, ce sont les pays en voie de développement qui sont ravagés par les guerres et par des économies défaillantes. C’est par chance que nous vivons bien, selon l’endroit où nous sommes nés. Et nous vivons souvent aux dépends de ces nations plus pauvres, en utilisant leurs ressources sans les payer équitablement. Ce n’est pas juste.
YT!: C’est difficile de traiter de thèmes sérieux de manière amusante ?
AR: Cela semble bizarre de trouver de l’humour dans un livre traitant d’un sujet comme le sida et la pauvreté, n'est-ce-pas? J’essaie de gérer de problème en séparant l’humour des détails concernant les thèmes tragiques. L’humour est présent dans les personnages et dans leurs échanges. Mon intention est d’intégrer l’humour dans le côté amusant du livre, à travers les relations entre les personnages.
Dans le premier volume, par exemple, il est amusant (je l’espère!) de voir Rei essayer de vendre son maître sous sa forme de coq à Ayeesha pour qu’elle puisse récolter ses oeufs car:
1. Les coqs ne pondent pas d’oeufs. 2. Il n’a pas le droit de vendre son maître . 3. Son maître pourrait se transformer en un autre animal (peut-être même un animal féroce pouvant punir Rei).
Donc nous rions de l’ignorance et de l’arrogance de Rei et non de la pauvreté d’Ayeesha. Hmm... Pourquoi les blagues ne sont jamais drôles quand on les explique? La plupart des gens aiment le passage où le coq s’enivre. Surtout ma mère. En fait, c’est quasiment la seule chose qu’elle a retenu...Soupir...
YT!: Quelle réaction attendez-vous de vos lecteurs ?
AR: Tout et rien ? Qu’est ce qui vous a fait rire? Qu’avez-vous appris de nouveau? Quels sont les personnages que vous préférez ou détestez? Pourquoi? Qu’est ce qui vous a paru ennuyeux? Qu’est ce qui vous a réellement donné envie de tourner la page pour connaître la suite? En quoi aimeriez-vous voir les personnages se transformer? Si vous avez relu le manga, en quoi votre opinion a-t’elle changé suite à ces lectures répétées? Qu’avez-vous remarqué de nouveau par rapport à la première lecture? Quels thèmes aimeriez-vous voir traités? Quels types de personnages et d’environnement souhaiteriez-vous voir?
(Note: vous pouvez envoyer vos pensées à Annette, annette.roman@viz.com.)
YT!: Quel est la meilleure réaction que vous ayez reçue?
AR: Lorsque j’assistais à la Conférence internationale de la communication pour le développement, j’ai rencontré des jeunes de Nairobi qui avaient vécu dans les rues. Et l’un d’entre eux m’a dit qu’il avait trouvé le premier volume très encourageant. Il avait aimé voir le héro parvenir à améliorer sa vie. Ça a été motivant pour moi que quelqu’un qui a eu une vie vraiment dure et qui s’est tiré d’affaire trouve la BD encourageante.
YT!: Désirez-vous ajouter quelque chose?
AR: Aucun animal, réel ou magique n’a souffert de mauvais traitements lors de la réalisation de ce manga. Mais de temps en temps, ma perruche africaine à tête couleur de pêche (une mutation du bleu hollandais) se pose sur mon clavier et je tape sur ses pattes tandis qu’elle me pince, puis replie sa tête pour se laisser caresser les plumes du cou.
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